Le deuil blanc, c’est comme Saroumane, mais en pire.

Je l’ai repoussé cet article, une bonne dizaine de fois… parce que, pour moi, il est impossible de parler du deuil que représente la saga Anima sans vous parler de manière authentique, et « authentique », ça signifie aussi en dire plus sur moi.

Le deuil blanc, vous savez ce que c’est ?

Le deuil « classique » d’une œuvre qui se termine, c’est plutôt la nostalgie de quitter un monde qu’on a aimé créer. Mais ce que je vis ressemble à autre chose : Anima, dans sa version définitive, est déjà là – le tome 5 est écrit, l’histoire est complète, Terhae existe désormais dans sa forme finale. Donc « l’objet » ne disparaît pas, il est même achevé. Mais le processus créatif, lui, est terminé. Ce qui reste, ce sont les corrections – l’entretien du corps, et non plus la vie qui l’a fait naître.

C’est ça le parallèle avec le deuil blanc : je ne perds pas Anima au sens où elle s’efface, je perds la version de la relation que j’avais avec ce monde, celle où j’étais encore en train de le chercher, de le façonner, où Evahny, Lekhal, Archak n’avaient pas encore leur forme définitive et où tout restait possible.

Maintenant que tout est écrit, cette présence continue, mais transformée, un peu comme une personne qui est toujours là physiquement, mais dont la part vivante, mouvante, en devenir, s’est tue.

Il ne reste plus que les soins à apporter, pas la vie à inventer.

Et il y a peut-être aussi ce double mouvement contradictoire que je connais bien dans le deuil blanc : à la fois le soulagement d’arriver enfin au bout, après des années de travail sur ce monde, et en même temps un vide, presque une perte d’identité – « qui suis-je sans ce processus créatif ? ». C’est dur, et assez difficile à mettre en mots.

En résumé : je n’étais clairement pas prête.

 

 

C’est assez drôle de voir que la question en filigrane d’Anima

« Qui es-tu ? » – devient celle qui me taraude alors que le livre se termine. (rire jaune)

Cela impacte pas mal de choses au quotidien :

  • Les heures à réfléchir en arrière-plan aux histoires n’existent plus ;
  • Les instants « Eureka » disparaissent – ces moments où le corps se fige, avec le regard dans le vide et cette sensation d’électricité dans la tête, suivi d’une course dans la maison pour trouver un bloc-notes ;
  • Les moments où je partais pour me réfugier sur Terhae, tout en regardant mes personnages faire leurs vies. Truman Show, bonjour ;
  • L’extension des mondes à créer sans cesse ;
  • Écouter un podcast, regarder un film avec un message particulier, et me dire, ouais ça je vais le transformer.

Ça laisse un vide.

Le fameux vide d’Anima. ( rire jaune 2x)

Je ne sais pas si ce processus est vécu par tous les auteurs. La plupart semblent bien gérer la fin de leurs histoires, ils les écrivent et les laissent partir, passent à autre chose.

Pour en avoir discuté avec mes collègues de Libraginaire, je ne suis pas sûre qu’ils arriveront facilement à passer à autre chose.

Je crois que c’est ça aussi qui fait la force de ce label.

On écrit avec nos tripes et on vous les donne ! Oui, je sais, ce n’est pas ragoûtant, mais je n’avais pas d’image plus glamour sous le coude. 

La fin de cette saga coïncide aussi avec un événement important qui se rajoute à la charge émotionnelle, mais pour vous parler de la fin je dois vous parler du début.

Il était une fois… Non, je rigole.

Le début :

La première scène écrite est dans le tome 1 logique.

Un moment simple. Je suis assise dans la chambre de ma fille (elle a 1 an et demi à l’époque) et mon chat Cyrius est couché à côté de moi. Sa patte est posée sur ma cuisse pour me signifier que je ne dois pas bouger. Ma fille entre dans la pièce, son visage s’illumine et elle court dans mes bras. Je me retrouve avec ce petit être débordant de joie, collé à moi. Je sens son odeur, sa peau contre la mienne.

C’est fort, trop fort !

C’est un peu comme une vague de colère qui détruit tout sur son passage, mais là c’est de l’amour. Ben, au risque de vous décevoir, ce n’est pas plus agréable. Je suis submergée, Cyrius m’aide à revenir en pétrissant ma cuisse de ses griffes délicates. J’ai directement écrit ce moment sur un papier et tout a défilé dans ma tête, Sorhia, le saule pleureur, Evahny qui arrive et se jette dans les bras de sa mère. Thanius qui regarde la scène…

Quelques paragraphes dans le tome 1 ; le début de l’aventure pour moi. Le monde de Terhae existe dans ma tête depuis que je suis toute petite. Il était rempli d’animaux. Avec ce moment, je l’ai peuplé d’humains.

La fin :

Cette petite Evahny qui m’a submergée ce jour-là vient de fêter ses 18 ans et elle part de la maison en même temps que la clôture de la saga. Vous voyez le double emotional damage que je me prends.

Necessitas me dirait Sofarnes. 

 

Donc, récapitulons : dans ce processus de deuil, je me retrouve avec :

  • « Qui suis-je sans ce processus créatif ? » ;
  • À ressentir un énorme vide ;
  • À devoir laisser mon Evahny partir comme Sorhia dans le premier tome.
  •  (rire jaune 3x)

Si ce n’est pas doloriste comme processus, je ne sais pas trop ce que c’est…

Si, si, avouez-le : vous rigolez aussi, je suis sûre.

 

Il ne me reste plus qu’à retourner à mes corrections. Une autre forme de torture…

Le tome 4 : Necessitas sera bientôt proposé en avant-première en bêta lecture numérique à la communauté des rêveurs.

Pendant ce temps, je continuerai la relecture du tome 5. Ensuite Azaël s’attaquera à la correction du 5e et dernier opus.

Entre la couverture et les images, ne l’attendez pas avant le printemps 2027. Ça va, ce n’est pas trop long. Je vous rappelle que mes Ambassadrices avaient attendu 6 ans entre la première version, la réédition de la seconde, et la sortie du tome 2.

Merci à tous de me lire et de me soutenir dans la sortie de cette saga.

Merci de voyager dans mon monde.

Merci d’être là. 

 

 

Mary