Parmi les différents types d’auteur, il est fréquent de distinguer deux grandes catégories :

les jardiniers et les architectes.

 

Les jardiniers rassemblent les auteurs qui écrivent au fil de l’eau. Ils ont une vague histoire dans les tripes et la découvrent au cours de leur activité de création. C’est un processus très inspiré, sans filet.

À l’inverse, les architectes sont des écrivains qui bâtissent un plan précis, prévoyant la moindre péripétie, la structure complète de leur histoire, avant de poser les doigts sur leur clavier. Cette méthode demande un gros travail de préparation, avant de s’engager sans surprise sur un chemin soigneusement balisé.

Les meilleurs romans policiers répondent évidemment à la seconde catégorie. Sinon, comment une Agatha Christie ou un Arthur Conan Doyle pourraient-ils glisser dans leurs œuvres les indices qui tiennent leurs lecteurs en haleine depuis des décennies ?

D’une certaine manière, l’auteur est le dieu de ses personnages. Ils ne sont là que pour servir les péripéties de l’histoire qu’il a décidé d’écrire. L’exposé est plus intellectuel. Toute la difficulté sera de distiller suffisamment d’émotion pour ne pas rendre le récit ennuyeux.

 

 

Les œuvres de l’imaginaire permettent plus de souplesse dans le processus d’écriture. L’auteur a une trame plus ou moins précise en tête et devient le premier voyageur en terre inconnue de son roman. L’appel de l’aventure est grisant.

Tout le travail de l’écrivain consiste alors à partager ses émotions avec ses lecteurs, à leur faire vivre par ses mots l’émerveillement, l’horreur, la curiosité de la découverte.

L’auteur apparaît alors comme le témoin d’un nouveau monde, un spectateur qui découvre sa nouvelle série préférée. Oui, « série ». Étant donné le temps qu’il faut pour écrire un livre, même le plus long des films ne soutient pas la comparaison. Évidemment, tout n’est pas aussi tranché. Pour créer un récit cohérent, même le meilleur des jardiniers a besoin d’une trame générale pour ne pas se perdre dans son histoire. Encore que…

Alors, dieu ou témoin ?

 

Mary Sara est un témoin. Elle écrit en vivant à fond la Quête de l’Anima. Des retours que nous avons pu avoir, les émotions qu’elle transmet sont reçues de plein fouet par la plupart de ses lecteurs. Mais elle doit faire face à un important travail de correction. Vous vous souvenez de ses angoisses de timeline ?

 

Guillaume Leduc, alias le Bouquineur, a une histoire au fond des tripes, qu’il organise peu à peu autour du tome central qu’est « Peste soit des lutins ». Il n’en demeure pas moins qu’il reste émerveillé par son Premier monde, qu’il explore en même temps qu’il élabore ses récits.

 

De nous trois, je pense être le plus architecte. Le dieu de mes personnages qui doivent passer par les péripéties que je leur impose.

Et pourtant, certains osent se rebeller. Mharnör, par exemple, mérite amplement son surnom de « Fléau » de Feen.

Quelle plaie ! Dès son apparition, il a fait ce qu’il a voulu. Je dis bien : « apparition ». Car il faut vous dire que c’est là le secret des personnages les plus incroyables que j’ai rencontrés dans l’écriture des « Chroniques des secondes heures de Tanglemhor » : leur génération spontanée.

Ce sont mes préférés. Mharnör, Venlas, Ioch, Tulimazitalibum… Autant de personnages non prévus, qui se révèlent indispensables et me font écrire pour eux des paragraphes, voire des chapitres entiers qui donnent une véritable profondeur à cette aventure.

 

Vous en découvrirez un nouveau dans le chapitre 3 du tome 5. Il n’était pas du tout prévu, celui-là. Et pourtant, il apparaît comme une évidence.

Un personnage qui en impose, présenté par quelqu’un que vous avez oublié depuis le tome 1. Celui-ci non plus n’était pas prévu, d’ailleurs.

Plus que huit chapitres avant de présenter ce nouvel opus. Ça avance doucement, mais sûrement, au milieu des mille autres projets.

Alors, dieu ou témoin ? Je dirais… un peu des deux.

 

Azaël